Pourquoi ces chroniques BUDO?

On peut trouver beaucoup de choses sur Internet aujourd'hui, mais si vous voulez approfondir un sujet, rien ne vaut un bon livre sur la question... Internet reste encore très superficiel à coté du contenu de certains ouvrages. Aucune prétention à recenser l'ensemble des ouvrages traitants des arts martiaux, de la self défense, de la préparation physique ou de la santé... Aujourd'hui l'offre est pléthorique et la qualité, pas toujours au rendez-vous... Ce ne sont que quelques recommandations de lecture pour des techniciens, des professeurs, des passionnés des arts martiaux de tout bord, des élèves ou pratiquants curieux...Chaque mois, j'essaye d'ajouter une nouvelle recommandation de lecture!!
Les billets ne contiennent donc que des "revues" de livres. Si vous souhaitez trouver des billets sur les arts martiaux en général, la self-defense, l'entrainement, le développement personnel, voyez mon autre blog!! :-)
Enfin, juste en dessous, dans la barre rouge, vous trouverez des guides de lectures pour démarrer, orienter chacun sur un thème...

dimanche 1 janvier 2017

2017-01 : "Anatomie des blessures du sportif " de Brad WALKER

Voilà un ouvrage qui devrait trôner en bonne place dans la bibliothèque de tout sportif assidu. La pratique sportive est toujours émaillée de blessures : 
  • Blessures de jeunesse par ignorance, par manque d’expertise dans les gestes techniques
  • Blessures parce que les accidents arrivent, le manque de concentration, le matériel qui casse…
  • Blessures par bêtise (on force trop, on veut trop en faire, on ne veut rien lâcher mais le corps dit non)… 
Bref, tout sportif qui pratique régulièrement et longtemps se verra forcément confronté à une ou plusieurs blessures plus ou moins importantes dans sa carrière sportive. Le sportif a un statut particulier vis-à-vis du corps médical… 
  • Il se plaint beaucoup moins et beaucoup moins rapidement … …et parfois trop tard pour agir avec des méthodes préventives. Il est habitué en général aux chocs, aux douleurs musculaires de manière plus importante et son seuil de « douleur » est plus haut que le patient lambda. En général quand un sportif dit calmement qu’il a mal, c’est que la zone douloureuse est touchée sérieusement. 
  • Il réalise en général les exercices qu’on lui donne à faire chez lui car il a souvent une autodiscipline et une rigueur plus grande que le patient lambda… 
En revanche, du fait de sa tolérance à la douleur plus grande, il est parfois plus difficile de poser un diagnostic lors des premiers signes de douleurs… qui sont le plus souvent ignorés par le sportif lui-même. Parfois aussi certains diagnostics sont compliqués à poser car le médecin et le sportif ne parlent pas la même langue… 

Une chose est sûre : personne ne connait mieux son corps que le propriétaire… …et même si la médecine fait des progrès remarquables en imagerie médicale, capteurs biomédicaux, analyses… Le patient reste celui le plus à même d’identifier correctement les symptômes… …mais pas de les exprimer clairement pour que le corps médical puisse choisir les bons traitements… Le livre de Brad WALKER est la parfaite interaction : Il permettra à un sportif d’identifier clairement là où les pathologies qu’il peut avoir, d’entamer une première phase de récupération / prévention et de mieux cibler son dialogue avec le corps médical. Pour les professeurs, il est également une source d’information importante et utile pour aider les élèves à identifier leurs blessures ou douleurs et bien sur les orienter correctement dans le parcours médical… Le corps médical de proximité (médecins de ville notamment…) n’est pas nécessairement spécialisé dans les pathologies de la pratique sportive… Certains médecins s’en sortent très bien, d’autres peuvent mettre parfois longtemps à identifier certaines pathologies ou sont réticents à prescrire les examens pour ses raisons économiques (et on ne va pas les blâmer du fait que certains patients exigent des dizaines d’examens onéreux et souvent inutiles). Ce livre permet au sportif de devenir acteur et pilote de sa propre guérison : d’abord de comprendre le fonctionnement de son corps et les processus biomécaniques selon lesquels une blessure se déroule, ensuite de faire le nécessaire à son niveau que ce soit en prévention, en soins d’urgence, en travail de renforcement, de rééducation et enfin en sollicitant le corps médical si nécessaire sous l’angle d’un pratiquant éclairé.

jeudi 1 décembre 2016

2016-12 : "Neurocombat : Livre 2" de Christophe JACQUEMART

Nous avions déjà chroniqué l'excellent livre 1 de Christophe JACQUEMART, et il revient avec un deuxième ouvrage dans la lignée du premier : un ouvrage d'une immense qualité technique et pédagogique sur un sujet extrêmement sensible : la self-defense. 

Là où trop de méthodes enseignent "comment se battre" (et en général mal), C. JACQUEMART prend le sujet par le bon bout : d'abord définir de quoi on parle (la violence, comment elle fonctionne, quelles causes, quelles conséquences, quels sont les points d'actions viables), c'était l'objet du tome 1, il aborde dans le tome 2, tout ce qui est lié à la stratégie de communication...

Si certains ouvrages volumineux apparaissent une fois lus comme offrant finalement peu de contenu, nous sommes en présence de l'exact opposé : On se demande comment un ouvrage à l'apparence légère peut contenir autant d'informations et d'une pertinence remarquable. Les informations présentées sont regroupées sous 4 grands domaines :
  • PROFILAGE DE LA VIOLENCE HUMAINE (Logique de l’attaque, Eléments de criminologie, Mesures de prévention)
  • COMMUNICATION POUR LA VIOLENCE DE RUE (Langage corporel, Proxémique, Dialogue, Manipulation)
  • STRATÉGIE POUR LA VIOLENCE DE RUE (Grille d’estimation, Grille de réaction, Grille de décision)
  • INTÉGRATION FONCTIONNELLE DES DONNÉES 
Chaque domaine est articulé autour de fiches synthétiques d'une grande clarté pédagogique : Chaque fiche présente 4 à 5 concepts clefs, argumente, cite les sources, donne un exemple, propose des drills à travailler ou des interrogations à se poser... ni blabla ni information inutile. Les outils proposés ne sont pas des "opinions" mais bien des démonstrations documentées... Une révolution dans les bouquins traitant de la self-defense. 

A la fin de chaque fiche, une bibliographie détaillée des sources est accessible pour approfondir tel ou tel sujet. Une densité exceptionnelle d'informations dont le niveau est universitaire tant dans la syntaxe que dans le vocabulaire choisi... 

Un ouvrage encore une fois riche, adossé à une démarche scientifique que l'on ne peut que saluer. Tous les instructeurs de self-defense ou d'arts martiaux souhaitant si ce n'est qu'aborder les aspects self-defense devraient prendre connaissance de cet ouvrage...

mardi 1 novembre 2016

2016-11 : "Méthodes comparées KODOKAN / KAWAISHI" de C.THIBAULT

Ce livre est intéressant à 2 égards. 

1 - Il est d'abord le témoignage d'une époque : celle où les méthodes KAWAISHI et KODOKAN s'affrontaient... celles aussi où la France inventait sa propre méthode "la méthode française de JUDO" qui deviendra les prémisses techniques du JUDO moderne.

2 - Il est une source d'analyse technique remarquable car il offre des éléments qui à force de ne plus faire débat, ne sont tout simplement même plus abordés ou expliqués... ...et s'y replonger présente un intérêt certains à qui sait en tirer le savoir pour créer la surprise. 

Précisons tout d'abord que cet ouvrage n'est pas une comparaison des 2 méthodes. En réalité, l'ouvrage devait s'appeler "méthode française" mais un autre ouvrage est sorti au même moment avec ce titre... Préface de Maître KAWAISHI, l'ouvrage a pour vocation de présenter les techniques du répertoire de JUDO selon les 2 méthodes. 

A ceux qui ne connaissent pas les 2 méthodes, ce qui distingue le JUDO KAWAISHI du JUDO KODOKAN est surtout la manière d'amener des techniques... Donc en ce qui concerne les projections, le TSUKURI (le fait de se mettre dans une position relative par rapport à l'adversaire) diffère... pour les immobilisations ou les clefs, c'est la préparation, le placement des mains qui peut être différent. Résumer la différence à "on entre pied gauche en KAWAISHI", "on entre pied droit en KODOKAN" est sommaire et ne représente pas la réalité. Car ce qui peut différer également est que la méthode KAWAISHI est plutôt une méthode de "vista", il faut écouter, voir le moment précis pour réaliser la technique au moment le plus opportun... le KODOKAN s'attache plutôt à provoquer le moment opportun. Il s'agit d'un distinguo plus général mais là encore seul un travail d'étude sur chaque technique du répertoire permet réellement de saisir toutes les subtilités des différences entre les 2 méthodes... 

Enfin, à ceux qui s'attendraient à savoir quelle est la bonne méthode, le livre n'y répond pas et pour cause : la réponse est "les 2", tout dépend de la situation, et c'est en cela que le livre présente une richesse technique à exploiter. Dans un premier temps, il permet tout simplement d'avoir 2 entrées au lieu d'une seule... Dans un second temps, il permet d'inventer ses propres entrées en fonction de son axe, du partenaire, du gabarit... et en troisième temps, il permet enfin et surtout de comprendre tout simplement pourquoi une entrée fonctionne et surtout sous quelles conditions elles fonctionnent, de sorte que si on connait le lien entre la situation d'UKE et TORI et les conditions de fonctionnement de la projection alors on peut adapter de manière continue le mouvement afin de ne pas être figée sur 2 entrées... mais sur une infinité... Pour ne finir par trouver qu'une seule et unique entrée à toutes les projections... Laquelle? La bonne !!!

samedi 1 octobre 2016

2016-10 : « Arts Martiaux & Management » de Robert PATER

Voici donc une curiosité! Arts Martiaux et Management! De nombreuses personnes parlent de l'art martial au quotidien comme "philosophie de vie"... Mais passée cette petite phrase ou quelques petits proverbes énigmatiques aux relents de biscuits chinois, on ne voit que rarement le lien entre la vie de tous les jours et les arts martiaux. De nombreux pratiquants viennent chercher cela, mais pour beaucoup, les arts martiaux, c'est une activité sportive comme les autres... Si en revanche, vous avez une démarche de chercheur, que vous vous posez la question du pourquoi... Alors vous pouvez faire des liens, faire des passerelles, entre votre pratique de l'art martial et la vie de tous les jours.

En réalité, même si pour quelqu'un qui chemine sur cette voie, le lien est évident, pour le débutant qui cherche à améliorer sa jalousie grâce à la pratique du JUDO ou son égoïsme par la pratique du KARATE... mieux vaut compter sur un bon guide, un instructeur compétent que sur les pistes que l'on a laissées... Mais quelques livres font exception. Certes le livre s'adresse plutôt à des gens qui travaillent dans une société privée, une entreprise avec un certain nombre d'employés mais l'auteur s'efforce de faire des liens très concrets entre des situations que l'on rencontre dans sa pratique des arts martiaux (à l'entrainement, en combat, quand on enseigne, quand on y réfléchit...) avec des situations de la vie professionnelle, en l'occurrence, ici, il s'agit d'un manager (donc quelqu’un qui encadre d'autres personnes). 

L'auteur propose une analyse en 3 volets : 
- Se maîtriser (et notamment avec des situations nécessitant du courage ou l'utilisation d'un levier pour réussir...)
- Diriger d'autres personnes (des collègues ou des subalternes) notamment en suggérant différentes stratégies (amener l'autre avec douceur, motiver, gérer le conflit,...) 
- Maîtriser le changement (accepter le changement et y répondre, devenir un acteur du changement, y prendre part, voire penser, induire, insuffler le changement...)

Bref, si l'essai n'est pas parfait, il est une réflexion intéressante qui mérite d'être étudiée si ce n'est que pour s'en inspirer . 
A un manager talentueux, il permettra de lever des obstacles dans sa pratique de l'art martial, 
A un pratiquant doué, il permettra de déverrouiller certains points de blocages au travail avec ses collègues, 
A quelqu'un qui n'est ni l'un ni l'autre, il permettra de l'extérieur de comprendre ce que l'on appelle la "reconnexion à ses ressources"... des ressources que l'on développe et travaille dans un contexte particulier (le DOJO ou le monde de l'entreprise ou ... votre univers) peuvent se transposer et être utilisées dans un autre domaine. 

Et le mieux de tout, c'est que cela fonctionne dans les 2 sens...